Le monsieur qui m'avait aimablement prêté sa connexion Internet sans le savoir mais de son plein gré, il avait décidé d'aller faire un
tour dans son jardin. C'est son droit.
Juste, le monsieur, il avait aussi un chien. C'est aussi son droit.
M'enfin.
Je n'avais pas fini de plier mon ordinateur que je voyais débouler la boule de poils vers moi. Ma chance dans cette histoire c'est que c'était une petite boule de poils fort sympathique qui a
trouvé plutôt marrant le fait de trouver une fille accroupie dans son jardin. Je n'ose imaginer la réaction d'un doberman... ni ce qu'il serait advenu de ma carcasse.
Le monsieur, il avait décidé de téléphoner, alors de ce côté là, j'étais à peu près tranquille. Le chien, il avait décidé de s'amuser, là, j'étais un peu moins tranquille... va ramper dans un
jardin inconnu avec un ordinateur sous le bras et un clébard qui te saute dessus et te léchouille au moindre mouvement, et le propriétaire dudit clébard qui téléphone à quelques pas de toi...
J'ai entrepris mon repli stratégique à reculons... je te conseille l'exercice, c'est top pour se muscler les cuisses. La boule de poils, elle a trouvé ça très drôle et elle s'est dit que c'était le
moment pour faire copine/copine, alors elle a posé ses pattes sur mes épaules et elle m'a fait une grande léchouille sur le visage.
Beurk.
Déjà, à reculons c'est pas simple. Mais à reculons avec le clébard câlineur appuyé sur mes épaules...
Qu'on ne vienne pas me dire que la vie est un long fleuve tranquille. Je veux bien admettre que je cherche un peu les ennuis, mais quand même... je ne mérite pas une punition à chaque fois... Nan.
Pas à chaque fois.
La seule ressource que j'ai trouvée, c'est de prendre un morceau de bois et de l'envoyer au loin en priant pour que le clebs soit amateur de ce genre de jeu... et en priant aussi pour que son
maître ne se pose pas trop de questions quant au fait que son clebs soit assez doué pour s'envoyer lui-même ses bouts de bois et courir après.
Le clebs, il était amateur. Il s'est mis à cavaler derrière son bout de bois. Ca m'a permis de reprendre mon repli stratégiquement, qu'à la Légion Etrangère, ils peuvent compter sur moi comme
instructeur s'ils veulent et que même je leur ferai un bon prix.
Juste le clebs, il est revenu vers moi avec son bâton dans la gueule, et il l'a déposé devant moi... j'ai senti que peut-être j'avais eu une idée moyennement bonne... parce qu'en plus, il s'est mis
à aboyer pour que je lui re-balance le bâton... dont acte.
Au cinquième lancer, je commençais à en avoir ras-le bol, et mes cuisses commençaient aussi à en avoir ras le bol. Mais j'étais presque arrivée en bordure de jardin, je n'allais pas abandonner la
bataille alors que j'avais presque gagné la guerre.
Je me suis levée et j'ai balancé le bâton.
Fallait pas.
J'ai entendu un cri. Le chien s'est mis à courir vers le bâton. Le propriétaire du chien s'est mis à courir vers moi. Moi, je me suis mise à courir vers la haie.
Fallait pas.
D'accord, comme instructeur à la Légion Etrangère, je serai parfaite. Mais uniquement pour le repli stratégique. Nan, mais parce que pour le saut en hauteur, à la Légion, va falloir qu'ils trouvent
quelqu'un d'autre.
J'suis pas douée, j'suis pas douée, hein. On ne va pas en faire un plat. En même temps, je n'ai jamais prétendu le contraire.
Bref.
Je me suis donc mise à courir le long de la haie en me disant que j'allais bien finir par tomber sur la porte par laquelle j'étais rentrée. Le gars derrière moi, il hurlait des trucs en Suédois. A
mon avis, c'était pas des encouragements. Le clebs, il courait en aboyant. Lui, ça avait plutôt l'air de lui plaire cette histoire.
J'ai fini par trouver la porte et je te prie de croire que j'ai dû battre des records d'ouverture de porte que peut-être je pourrais figurer dans le livre des records de 2009 et avoir un joli
papier à accrocher au-dessus de mon lit dans ma chambre et que ma mère elle serait vachement trop fière de moi. Pour une fois.
Ensuite j'ai couru sur la route. La seule pensée que j'avais dans la tête, outre le fait que j'allais y laisser ma peau parce que je n'avais plus de souffle, c'est que ça allait me faire une bien
belle histoire à raconter sur mon blog.
Il s'est arrêté à la porte du jardin et il a dû me prendre pour une voleuse. En fait je ne l'ai plus croisé, parce que j'avais une location dans un cottage près de l'eau dans une sorte de village de vacances où il n'y avait pas Internet et que lui résidait en dehors de ce village. J'avais pensé qu'en dehors du village vacances, il y aurait bien une personne qui aurait une connexion pas protégée. C'était son cas.
réponse de : chantal cadet (site web) le: 05/05/2008 11:04:51