chantal.cadet at GMAIL.com
La réunion, elle était à neuf heures dix. J'avais laaaaaaargement le temps. Je marchais tranquillou avec de la musique
dans ma tête et des pensées vagabondes. Y'avait la neige qui tombait à gros flocons sur mes cheveux, et pas que, d'ailleurs. C'était bien.
Et puis j'ai entendu le tram qui arrivait... je me suis dis que j'allais courir. Y'avait plus la musique dans ma tête et mes pensées, elles disaient qu'il fallait que j'attrape ce tram là.
Y'avait mon grand sac en cuir qui tapait contre mes jambes, y'avait mon manteau qui s'ouvrait. Y'avait la neige sur mon visage, et pas que, d'ailleurs. Mais c'était bien.
Une journée banale en somme.
Moi j'ai levé la tête pour regarder la neige parce que c'était beau toute cette neige qui tourbillonnait partout autour de moi, et pas que, d'ailleurs. Des fois, je suis romantique.
Mon pied gauche, il est parti à droite. Mon pied droit, il est parti à gauche. Mes bras ils sont partis en vrille. Mes fesses elles sont parties par terre. Mes yeux, ils sont partis regarder mon
pantalon déchiré. Et le tram, il est parti sans moi.
Dans ma tête, mes pensées, elles disaient qu'arriver avec un pantalon déchiré dans une réunion avec tout plein de gens sérieux, c'est moyen... dans ma tête mes pensées, elles
disaient, m'en fiche, je mettrai mon sac devant pour cacher les dégâts, et puis après je suis assise...
Le tram suivant, il est passé devant mon nez, mes pensées, elles faisaient tellement de bruit dans ma tête que je ne l'ai même pas entendu arriver. Ensuite j'ai loupé le second tram que je devais
prendre sur une autre ligne. La pendule en haut, elle disait qu'il était neuf heures huit. Mes pensées elles disaient, excusez-moi... je vous prie de m'excusez... veuillez excuser mon
retard...
J'étais trempée. Ca dégoulinait partout sur moi. J'avais encore un bus à prendre. J'ai décidé de ne plus regarder l'heure... histoire de ne pas stresser inutilement. Mes pensées, elles disaient
qu'au départ j'avais pourtant laaaaaargement le temps... elles disaient aussi que je ressemblais à un épouvantail et que j'avais au bas mots vingt minutes de retard...
Le bus, il est aussi parti sous mon nez. J'ai recommencé à courir, mais en regardant mes pieds cette-fois. J'ai frappé à la porte et je suis rentrée dans la salle en disant juste bonjour... tout
le monde m'a regardée. J'ai posé mon sac et j'ai enlevé mon manteau.
J'avais oublié le pantalon déchiré. Y'a eu quelques sourires. Je ruisselais. Je n'avais rien pour m'essuyer. La fermeture éclair de mon gilet s'est bloquée. Je m'étais trompée de cahier et je
n'avais pas mes notes alors quand on m'a donné la parole, j'ai dit que je n'avais rien à dire...
Mon stylo, il n'a jamais voulu fonctionner... je l'ai démonté et quand je l'ai ouvert, le ressort a sauté en plein dans la figure de mon voisin de droite. J'ai dit "merde" un peu trop fort et
tout le monde m'a regardée. Alors j'ai fait une grimace et je me suis plongée dans la lecture du document que j'avais devant moi... document trempé et devenu illisible.
Mes pensées, elles n'étaient pas à la réunion... à un moment donné, on a dû me demander quelque chose parce que tous les regards se sont tournés vers moi. Je me suis entendu dire que j'étais
entièrement d'accord, que j'approuvais totalement et que d'ailleurs j'abondais dans ce sens depuis le départ.
Ils ont eu l'air content. Dans ma tête, mes pensées elles me demandaient de quoi je parlais. Je n'ai jamais pu leur répondre. J'attends avec impatience le compte-rendu de la réunion pour le
savoir. J'ai juste espéré que ce n'était pas trop important... j'ai pris un autre stylo dans mon sac. Je me suis retrouvée avec de l'encre plein les mains.
J'ai senti arriver la crise de fou-rire. J'ai baissé la tête. Mes pensées, elles m'ont conseillé de ne pas rire. Mes épaules, elles m'ont trahi. Je me suis mise à hoqueter, à renifler, à couiner,
le tout en gardant la tête baissée. Y'avait plus un bruit dans la salle.
Quand j'ai relevé la tête, mes joues ruisselaient de larmes, je n'avais rien pour essuyer mon nez qui coulait et je riais aux éclats. Mes pensées, elles me disaient de sortir. J'ai voulu
m'excuser. La seule chose que j'ai trouvé à dire c'est "la moquette des fois, ce n'est pas de la bonne qualité".
J'avais pas prévu de dire ça. Mais quand ça veut pas, ça veut pas.
Copyright Chantal CADET 2008
Ce matin, c'est Grand Corps Malade.
Vos petits mots..