chantal.cadet at GMAIL.com

C'était un lundi. C'était il y a vingt ans. C'était hier.
Tu étais bleu, pourtant dans la famille, je n'avais jamais entendu dire qu'il y avait eu des schtroumpfs auparavant. Tu aurais pu naître vert ou orange,
tu aurais quand-même été le plus beau de tous les bébés du monde. A rayures aussi. Ca m'aurait inquiétée, c'est sûr, mais j'aurais fait avec.
Alors on t'a mis dans une boîte chauffante appelée couveuse. A un moment donné elle s'est mise à sonner et ton père est parti en courant dans les couloirs en criant "ils vont me le faire
cuire, ils vont me le faire cuire". Tu t'en es sorti et ton père s'est ridiculisé.
Ta grand-mère, Mamo, est tombée dans les pommes quand elle t'a vu arriver. Elle voulait absolument être là. Pour le coup, je ne suis pas certaine qu'elle se rappelle de grand chose... en
même temps elle ne s'est jamais vraiment remise de ce malaise, il n'y a qu'à la regarder devant son ordinateur.
Ton grand-père, Papou, est parti t'acheter le plus beau et le plus cher couffin de toute la ville. C'est celui qui a aussi bercé le sommeil de ta soeur et de ton frère, après avoir bercé le tien.
J'espère que c'est aussi celui qui bercera le sommeil de tes enfants. Juste s'il te plaît, si tu pouvais attendre encore un peu... genre une dizaine d'années... j'ai fait l'expérience d'être une
très jeune maman, c'est chouette, mais je n'ai pas envie de faire l'expérience d'être une très jeune grand-mère. Merci.
Ton autre gand-père, Papy, a pris sa voiture immédiatement et fait tout plein de kilomètres pour venir voir son "héritier" comme il disait , m'apportant une magnifique bague et le premier
maxi-cosy qui venait tout juste de sortir. Ce jour-là, il s'est mis à dos ta grand-mère, Mamy, qu'il avait omis d'emmener avec lui. Des fois on oublie des trucs...
Ton parrain a compté tes doigts et tes orteils minutieusement parce qu'il avait peur que j'en aie oublié un ou deux... comme tu peux le voir, il a toujours été étrange.
Ta marraine a réussi à injurier ton grand-père Papou pour une sombre histoire de concierge... et bien oui, elle aussi a toujours été bizarre.
Ton prénom... évidemment, moi je voulais un prénom composé, c'est une tradition en Corse, pour les garçons. Pour Charles, ton père et moi, on était à peu près d'accord. Pour le deuxième prénom,
c'était un peu plus compliqué. Moi je voulais Adrien. Lui Olivier, comme son oncle.
Tu t'es appelé Charles-Adrien pendant quelques heures... c'est la raison pour laquelle ce prénom est encore noté sur ton carnet de santé. Ensuite ça s'est corsé. Ton père a réclamé un
tirage au sort avec petits papiers pliés en quatre dans un chapeau. Ne me demande pas d'où sortait le chapeau, avec tous les tarés qu'il y avait dans la pièce à ce moment-là, je t'avoue ne plus
savoir à qui l'attribuer.
C'est Olivier qui a été tiré au sort. Ton père m'a avoué plus tard qu'il y avait eu tricherie. Voilà, maintenant, tu sais à qui te plaindre.
Pour t'endormir, le soir, je te chantais "À la fiera di San Francè m'aghju cumpratu una sumera, Ih ! Anh ! Una sumera !" et tu adorais ça. Si tu as des facilités en
langue aujourd'hui, tu sais qui remercier. Et n'oublie pas que ta mère adore les gadgets... nan, ça c'est au cas où tu hésiterais pour le cadeau de remerciement.
Tu étais un bébé voyageur. Je te collais sur mon ventre et je te faisais faire des kilomètres.
Tu as pris l'avion pour la première fois à sept jours. Ton arrière grand-mère attendait avec impatience de faire ta connaissance. Tout le staff de l'avion a défilé pour te regarder, tu étais
tellement minuscule. Ensuite nous sommes allés voir ton autre arrière grand-mère... et puis les grands-tantes et puis tous les autres... et la tantina de Burgos, ouais la famille des
fois, hein...
Mais personne n'avait le droit de te toucher. J'étais pire qu'une tigresse. Ceux qui s'y sont risqués ont malheureusement tous mystérieusement disparu.
Tu as pris ta première cuite le jour de ton baptême, tu avais huit mois. Je n'ai jamais chopé les crétins qui avaient décrété que tu devais goûter le champagne mais la vengeance est un plat qui
se mange froid. Il faut dire qu'il y avait trois cent cinquante personnes.
On avait fait un méchoui géant. Papou et les jumeaux avaient coursé le veau et Toussaint en avait surveillé la cuisson toute la journée... tu vois qui c'est Toussaint, hein ?!. Celui que tu as
failli tuer en lui envoyant un oeuf sur la tête de la terrasse de Mamo... ce qui t'a obligé à raser les murs jusqu'à la fin de tes vacances, il y a quatre ans.
On a dansé jusqu'à quatre heures du matin, ensuite on a viré les gens, il ne faut pas non plus déconner, on avait plage le lendemain.
Je t'épargne le reste de ta vie, tu la connais par coeur, n'empêche, moi je dis qu'avec toutes ces histoires, tu t'en es bien tiré.
JOYEUX ANNIVERSAIRE MON CHERI
Les commentaires sont fermés pour ce post.
Ce soir un titre d'Arkol spécialement pour Charles-Olivier.
Vos petits mots..