Na.
C'est pour ça que tous les vendredis soirs, je me cache. Et crois-moi dans une petite pièce de quarante mètres carrés à peine meublée, ce n'est pas simple... nan. Pas simple. En plus, il n'y a pas grand monde. Sauf lui, bordel, mais il n'a rien d'autre à faire ce gars que de traîner dans le club de tennis ?!. Et le fait qu'il soit prof de tennis ne légitime en rien sa présence permanente dans le club de tennis.
Nan. En rien.
Je sens bien qu'il essaye de croiser mon regard... je sens bien qu'il veut établir le contact... m'en fous. L'autre jour je me suis assise avec un bouquin dans un coin et j'ai collé le bouquin sur mon nez... d'ailleurs, le livre était tellement près de mon nez que je n'arrivais pas à déchiffrer les mots... et inutile d'essayer de tourner les pages, c'était de l'ordre de l'impossible. Totaly incognito j'étais, c'est certain, que derrière un livre, c'est plus intelligent que derrière des lunettes de soleil pour se planquer. J'avais vu ça dans Colombo.
M'enfin je me suis dit que s'il arrivait à me reconnaître derrière mon livre, c'est qu'il était fort ce mec. Ouais. Ben il l'était. Fort. Il m'a reconnue. Comment il a fait, ça je n'en sais rien. Y'a un truc qui a dû me trahir... peut-être les mains... la prochaine fois je mets des gants en plus du livre.
Alors il s'est assis en face de moi. Mon Dieu, mon Dieu. Y'a une goutte qui a dégouliné le long de ma colonne vertébrale. Je me suis dis "bordel de couille, je suis faite comme un rat, je suis fichue, mais où qu'il est mon prince charmant sur son cheval blanc qui va me sauver des griffes du vilain prof de tennis ?". Oui où qu'il est cet enfoiré qui n'arrive jamais quand on a besoin de lui... que j'en suis presque à me dire qu'on m'aurait menti et que le prince charmant il n'existerait pas...
J'y aurais cru depuis tout ce temps et ce ne serait donc que légende ?? Meu nan. J'suis pas neuneu non plus. Pffffffffffffffff !! Evidemment qu'il existe. Des fois j'arrive à me faire peur toute seule.
Bref.
Le prof, il a dit "hello". Moi j'ai pour principe de ne pas répondre quand on m'agresse verbalement. Je l'ai ignoré et je me suis plongée dans la non lecture de mon livre. Il a insisté. C'est un coriace ce gars. Il a re-dit "hello". Nan, mais oh ?!. Il a personne d'autre à harceler, lui, qu'une frenchie plongée dans un livre passionnant ?!.
Moi je suis restée stoïque. Dans mon dos, ça a commencé à être les chutes du Niagara mais sans le Canada ni les Etats Unis. Voire même sans la frontière parce que le prof il a attrapé mon livre et il l'a baissé. Bordel, si on peut même plus lire tranquille dans un club de tennis sans être enquiquinée par un inconnu...
Moi j'ai été polie "oh, it is you ?!. Heloooooo"... et comment que tu vas mon chou depuis le temps ??? Bien ??? Ben nan, j'ai pas du tout oublié que toi et moi on doit prendre des cours ensemble, enfin surtout moi...
Que même tu ne vas pas regretter de t'accrocher comme tu le fais à mes basques alors que tu devrais avoir compris que je ne veux pas faire du tennis avec toi mais que je ne sais pas comment te le dire... que le jour où je suis face à toi sur un cours, tu changes illico de métier et tu te demandes pourquoi ta vie elle est pourrie comme ça... et ce que tu as pu faire au bon Dieu pour croiser mon chemin...
Nan, mais tu n'as pas compris que moi, c'est pour ton bien que je ne veux pas prendre des cours de tennis avec toi... bon d'accord aussi un peu parce que je n'ai pas envie. Mais moi, je n'avais rien demandé... ça s'est fait malgré ma volonté... que même pas j'ai eu mon mot à dire... rappelle-toi... chienne de vie, que c'est dur d'être exilée.
Il m'a demandé comment que j'allais. Mal. Moi je vais mal. Très mal, même. Aie. C'est le genou. Une entorse... une foulure... une douleur quoi... peut-être des rhumatismes, va savoir avec ce temps humide. Aie. Je souffre. Et crois-moi, là je ne hurle pas, mais c'est limite. C'est parce-que je suis très forte.
Fille de militaire. Légion étrangère. A dix ans, je faisais le parcours du combattant tous les dimanches matins. Le mercredi, c'était l'entraînement dans le maquis. Je suis très dure à la douleur, mais là, aie.
Alors le tennis... ce n'est pas que je ne veuille pas, hein... nan, au contraire... si tu savais comment que ça me traumatise de ne pas pouvoir attaquer les cours avec toi... c'est bien simple, ça me contrarie tellement que je n'en dors plus la nuit.
Aie.
La semaine prochaine ?? Ah, ben ça dépend, hein... c'est le genou qui décide... mais si ça ne tient qu'à moi, c'est avec plaisir qu'on se fait quelques balles... hu, hu, hu... aie... j'ai tellement mal que je ne peux même pas rigoler... la douleur remonte le long de la cuisse, passe sur la hanche, contourne le nombril, ensuite ça gratouille sous l'aisselle, ça longe le cou et ça arrive à la commissure des lèvres et... voilà.
Quel genou ?? Ben... le mien quoi... un des deux... j'sais pas encore très bien... je ne me rappelle plus... bordel... je n'ai pas encore décidé... on n'a qu'à dire le gauche... le gauche. C'est bien le gauche... Aie. T'inquiètes, ça va passer... un jour ou l'autre...
Ah tu dois y aller ? Ben à bientôt, hein... allez je reprends mon livre...
A l'endroit cette fois-ci, je serai plus crédible... bordel.
Copyright Chantal CADET 2008
Ce matin c'est Charles Trenet.
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JE LE SAVAIS !!! J'en étais sûre !! Je te remercie d'oser briser ce sujet tabou en
l'exposant à la face du monde de mon blog... et... heu... tu aurais quelques photos pour illustrer tes propos ???
Y'a pas
d'explication à la chanson. Chercher une explication à cette chanson, c'est un peu comme partir à la quête du Graal... c'est dangereux en plus... il paraîtrait que la mafia serait
derrière... tu vas au devant de graves ennuis... nan, vraiment... laisse tomber... qui que tu sois... reste avec moi...
Vos petits mots..