Les cottages, ils étaient bien, y'a rien à dire. C'était confortable et tout et tout, y'avait même des lits, c'est te dire...
Juste, y'avait un "mais". Ben voui. Parce que tu remarqueras que souvent quand tout est nickel chrome, y'a quand-même le petit "mais" sur lequel tu vas focaliser toute ton attention et
qui va réussir à te faire oublier vite fait le nickel chrome du départ.
Le "mais" chez moi, il a pris une envergure démesurée dès le premier soir, sans que rien ne puisse le laisser présager sous le bruit d'une musique que d'ordinaire j'affectionne mais que là, nan,
vraiment, faut pas pousser Frida dans les orties, parce que Frida, elle a de la patience, mais pas trop longtemps. Et tu seras de mon avis dès lors que je t'aurai narré la chose. L'intro, c'est torché, on va pouvoir passer à du sérieux maintenant que ce n'est pas trop tôt.
Donc, tout était bien dans mon joli cottage que je me félicitais d'avoir fait le bon choix et que congratulations il y a eu avec les copains du cottage d'à côté, nan, mais parce qu'on avait un
peu choisi au hasard sur le net et que des fois le hasard, hein... mais bon, là, ça allait. En plus y'avait la mer face à moi, et moi quand y'a de l'eau, je suis une femme comblée.
Ma comblétude comblesse comblétitude comblétition comblerie comblisure combl... béatitude a été d'une durée relativement courte. En fait vers
Vingt et une heure, une musique pas mélodieuse mais presque, envahissait mon espace vital sans que je n'aie rien demandé à personne. En bref, un crétin n'avait rien trouvé de mieux que de me
coller un mange-disques* fort bruyant juste sous mes fenêtres à l'heure pile poil où mon troll allait se coucher, transformant mon cottage en boîte de nuit.
Ca a fait ni une ni deux. Je suis sortie pour demander au DJ d'aller trimballer son mange-disque* ailleurs que devant chez moi... sauf que sous mes fenêtres, point de DJ il n'y avait. Nan. De
mange-disques* non plus d'ailleurs. En fait, cherche-pas, y'avait rien d'autre que de la pelouse.
La boîte de nuit, elle était dans le cottage d'à côté... y'avait même des femmes qui dansaient. Mais pas de mecs. C'est bien ma veine. C'était la hors-saison suédoise, y'avait quatre
cottages de loués en tout et pour tout et
pas un mec à l'horizon
j'avais hérité des voisines les plus bruyantes du coin.
Je me suis dit que je leur donnais la permission de dix heures... et qu'ensuite j'allais leur demander de baisser le son. Et puis je suis allée rejoindre ma copine qui était dans le cottage d'à
côté du mien mais de l'autre côté mais qui entendait quand même la musique rapport que les murs de nos habitations, c'était du papier journal mâché et que ça sur Internet, c'était pas
écrit.
Ma copine et moi nous nous sommes installées sur sa terrasse pour observer les étoiles et puis aussi pour observer la suite des évènements. Ben on n'a pas été déçues. Ca faisait pas cinq
minutes que nous observions les étoiles que les femmes sont sorties avec cinq barbecues jetables** pour faire de la friture que je te prie de croire que je me suis retrouvée légèrement
angoissée.
Elles ont alors allumé les barbecues. Ensuite, elles ont entamé la danse du feu autour des barbecues parce que les flammes du barbecue, elles étaient devenues géantes et qu'elles avaient
beau donner des coups de pied dessus, oui, je sais, quelle drôle d'idée, et bien les flammes elles grandissaient encore, alors les femmes elles se sont mises à crier et puis y'en a une qui a
bien fait de sauter en arrière parce qu'elle a failli prendre feu...
Nous on regardait et on critiquait. Nan, mais parce que tout ce bruit et toute cette agitation à presque dix heures du soir avec les enfants qui dorment... ou plutôt qui assistent, ravis, au
spectacle, le nez collé aux fenêtres du cottage.
Note, moi ça ne m'a pas fait marrer longtemps leur manège. Faut dire aussi que les cottages, ils étaient tous en bois. Et que leurs barbecues, elles les avaient collés sous mes fenêtres et que
ce n'est pas en sautant dessus qu'elles allaient éteindre les flammes...
En plus, la musique était à fond, les portes grandes ouvertes... ma patience, elle commençait à s'émousser sérieusement... je suis allée gentiment les voir pour leur demander de la mettre en
sourdine. Juste ça a été un peu compliqué because elles parlaient une langue que je n'avais pas à mon répertoire mais que quand même on a fini par s'entendre grâce à l'une d'elle qui
connaissait Shakespeare.
Moi je leur ai suggéré d'aller sur la plage, que ce serait mieux pour tout le monde... la plage, ça ne leur plaisait pas comme idée, mais elles ont été fort cool sur ce coup-là. Elles ont
éteint leur mange-disques* et ont fermé leurs portes. Juste, elles n'avaient pas mangé, parce que forcément, à force de sauter sur les barbecues, ils étaient devenus inutilisables... Y'avait
toujours un bruit de fond, mais rien que de très supportable.
Jusqu'à onze heures trente.
Où elles ont dû se rappeler qu'elles n'avaient pas mangé. Et où elles ont dû aussi se rappeler qu'il leur restait un barbecue dans un coin. Et comme un + un ça fait deux, elles se sont à
nouveau installées sous ma fenêtre avec leur barbecue.
Y'a eu à nouveau les flammes géantes. Y'a eu à nouveau les cris. Y'a eu à nouveau les femmes qui sautent sur le barbecue, en vain. Et puis y'a eu Frida qui a pris une casserole d'eau pour aider
les femmes, parce que là, les flammes, elles devenaient dangereuses.
Ensuite... ben ensuite, y'a eu la femme qui saute quand Frida arrive avec sa casserole d'eau... et que comme Frida, elle ne maîtrise pas forcément ce qui n'est pas maîtrisable, et bien la
casserole, elle est allée directement sur la femme sauteuse et pas sur les flammes. La copine de Shakespeare, elle a dit "shame on you", que moi je m'en fiche et voire même je réponds "toi
même". Les autres elles ont dit plein de choses que je ne pense pas que ce soit des mots d'amitié envers moi mais que je m'en fiche, j'ai rien compris.
En tout cas, ça a calmé tout le monde et moi, j'ai gagné le silence...
Jusqu'à quatre heures trente du matin.
Heure du décollage du premier avion au départ de l'aéroport de Gotland situé manifestement sous l'autre fenêtre de mon cottage... avion qui m'a ponctuellement réveillée chaque matin de mes
vacances à l'heure où même la campagne ne blanchit pas.
Les boules du docteur Quiès, c'est pas dans les oreilles que je les avais. Nan. Pas dans les oreilles.
Copyright Chantal CADET 2008
* Pour toi qui as moins de trente ans, ceci est un mange-disques :
Vos petits mots..